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Dialogue interculturel : Entretien avec Claude Durand-Viel

  • 19 mars
  • 4 min de lecture

Dialogue interculturel : Entretien avec Claude Durand-Viel


Claude Durand-Viel est une psychologue clinicienne française ayant exercé en France et en Suisse, et vivant au Luxembourg depuis près de cinq décennies. Elle possède une expérience approfondie dans l’accompagnement des enfants, des adolescents et des familles au sein de structures spécialisées.


Dans cet entretien, elle partage son analyse des conflits, de la communication et des dynamiques humaines dans les sociétés multiculturelles.



Question 1 – Psychologie du conflit


Dans de nombreuses situations personnelles, familiales ou professionnelles, les conflits peuvent parfois s’intensifier même lorsque le problème initial semble relativement mineur. D’un point de vue psychologique, les émotions, les perceptions et les styles de communication peuvent jouer un rôle important dans la manière dont les conflits évoluent.


D’après votre expérience en tant que psychologue, quels sont les principaux facteurs psychologiques qui conduisent à l’escalade des conflits entre les individus ?


Réponse :


L’escalade, c’est « toujours plus haut, toujours plus fort », surenchère qui peut s’alimenter à bien des sources : sentiment d’être déconsidéré, humilié, injustement dépossédé, jalousie, fierté, désir de puissance, fragilité émotionnelle, rigidité de la pensée, déficience des capacités d’analyse… Il y a aussi des personnes qui ne se sentent exister que lorsqu’elles se battent contre un ennemi et qui ne tiennent pas du tout à ce que les conflits s’arrêtent.



Question 2 – Communication et conscience émotionnelle


De nombreux conflits ne sont pas nécessairement causés par un véritable conflit d’intérêts, mais plutôt par des malentendus dans la communication ou par des réactions émotionnelles.


Selon vous, dans quelle mesure la conscience émotionnelle et les compétences en communication peuvent-elles contribuer à prévenir les conflits avant qu’ils ne deviennent plus sérieux ?


Réponse :


Si l’on cherche à prévenir un conflit, c’est pour qu’il ne s’installe pas. Si l’on cherche à ce qu’il ne devienne plus sérieux, c’est qu’il est déjà installé.


Pour prévenir un conflit (si tant est que l’on puisse imaginer sur quel terrain il risque de surgir car l’embûche des conflits est souvent d’apparaître là où on ne les attendait pas) je pense qu’il faut, après avoir exposé sa façon d’apprécier la situation et écouté les points de vue des autres participants, savoir « annoncer la couleur » c’est-à-dire connaître ses limites, les poser clairement et indiquer son seuil de tolérance, la marge dans laquelle des négociations sont envisageables.


Pour éviter qu’un conflit ne devienne plus sérieux, il me semble qu’avant les compétences en communication, il faut mettre en œuvre des compétences en analyse : analyse la plus détaillée possible des origines du conflit, des protagonistes en présence, des enjeux pour les différents concernés, soit un travail sur dossier, préalable à tous les échanges qui, eux, nécessiteront des compétences en communication et en contrôle émotionnel.



Question 3 – Différences culturelles dans les sociétés multiculturelles


Le Luxembourg est une société multiculturelle et multilingue où des personnes issues de différents horizons culturels interagissent quotidiennement. Les différences dans les normes culturelles, les styles de communication et les attentes peuvent parfois engendrer des malentendus.


Selon vous, quelle est l’importance de la compréhension interculturelle pour réduire les conflits dans des sociétés diverses comme le Luxembourg ?


Réponse :


Je ne suis pas sûre que l’on puisse accéder à la « compréhension interculturelle » mais je suis convaincue que l’on doit au mieux s’intéresser, au minimum s’informer sur les grands axes de la culture de son interlocuteur (= structure sociétale, système de croyances, importance des traditions, modes de vie …) pour mieux saisir la manière de considérer le rapport à l’autre, de vivre les relations sociales, d’envisager les rôles respectifs de l’oralité et de la chose écrite, de gérer l’argent, de faire place au temps… etc…


Mieux connaître, c’est aussi découvrir pour mieux accueillir et mieux connaître, c’est avoir moins peur de l’étrange étranger donc l’aborder sans crainte ni méfiance.



Question 4 – Le rôle de la médiation


Ces dernières années, la médiation est de plus en plus reconnue comme une méthode constructive permettant de résoudre les différends en dehors des procédures juridiques traditionnelles.


D’un point de vue psychologique, quel rôle la médiation peut-elle jouer pour aider les individus ou les familles à résoudre leurs conflits de manière plus efficace ?


Réponse :


La médiation me semble permettre d’entendre la voix d’une personne tierce, non impliquée dans le problème, qui va aider à décrypter les modes de communication des personnes présentes et leur implication.


En reformulant à sa façon les propos tenus par les protagonistes, le médiateur peut leur faire découvrir les ambiguïtés de leurs paroles, les sous-entendus de leur discours, les attentes qu’ils n’osaient s’avouer.


En officiant comme une sorte de miroir, le médiateur présente aux participants l’image qu’il se forme de leur situation dans un décalage distancié qui l’éclaire d’un jour nouveau. Décalage, écart, pas de côté qui favorise un regard plus lucide sur les événements, sur les prises de position de chacun et sur leurs conséquences.



Question 5 – Conseils pour les personnes confrontées à un conflit


De nombreuses personnes confrontées à un conflit, que ce soit dans leur vie personnelle ou professionnelle, se sentent souvent dépassées et ne savent pas toujours comment aborder la situation de manière constructive.


Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui font face à un conflit et qui cherchent une manière constructive de le résoudre ?


Réponse :


Se poser, prendre de quoi écrire, noter tout ce qui vient à l’esprit autour du sujet à traiter puis hiérarchiser les problèmes et les soucis en rapport avec ce sujet, du plus important au plus secondaire.


Si possible, en parler avec une personne de confiance, pas tant pour avoir son avis que pour s’obliger soi-même à mettre ces tracas en forme communicable.


Dans l’idée que nommer permet de situer, d’exercer un certain contrôle sur ce qui restait auparavant menaçant car informe, hors du champ du pensable. Et permet donc de redonner vigueur au raisonnement, sinon étouffé par l’angoisse devant l’inconnu, puis d’avancer, pas à pas, vers une solution réalisable.



Question 6 – Les qualités d’un médiateur


Selon vous, quelles sont les qualités essentielles qu’un bon médiateur devrait posséder ?


Réponse :


Amabilité, calme, patience, ouverture d’esprit, capacités d’analyse et de synthèse, honnêteté intellectuelle, lucidité sur ses limites et sa zone de tolérance, sens de l’observation, compétences linguistiques, sensibilité aux subtilités du langage, contrôle émotionnel… du moins c’est ce que j’attendrais d’un tel professionnel si je devais avoir affaire à lui.


Serait-il bon pour autant ? Je ne sais pas !



✍️ Claude Durand-Viel

17 mars 2026

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