top of page

Appartenance, sécurité et paix : le regard de Fari Khabirpour sur Françoise Binsfeld

il y a 4 heures
4 min de lecture
Belonging, Safety, Peace — psychological reflection by Fari Khabirpour on Omid Attar’s conversation with Françoise Binsfeld

Dialogues de paix au Luxembourg | Réflexion psychologique | 2 novembre 2026

Fari Khabirpour — Psychologue et psychothérapeute

Une réflexion psychologique sur l’entretien d’Omid Attar avec Françoise Binsfeld, autour de l’appartenance, de la protection, de la justice et de l’éducation concrète à la paix.

Traduction française du texte original anglais, accessible par le lien ci-dessus.

Cet entretien avec Françoise Binsfeld m’a profondément touché. Il relie l’expérience personnelle à la responsabilité sociale et montre combien la paix est étroitement liée à la dignité humaine, à la justice et à la qualité de nos relations. Merci à Françoise pour ses réflexions éclairées et à Omid pour les questions qui rendent cet échange possible.

Depuis ma perspective de psychologue, je souhaiterais revenir sur certaines de ces idées et y ajouter quelques observations.

J’apprécie particulièrement que l’on reconnaisse que, même dans un pays prospère et sûr, des personnes peuvent vivre sans véritable sentiment de sécurité ni d’appartenance. Les besoins matériels d’une personne peuvent être satisfaits, alors qu’elle se sent néanmoins ignorée, exclue ou insignifiante. Construire la paix suppose donc aussi de se demander : ai-je le sentiment d’appartenir à cette communauté, que ma voix compte et que j’ai quelque chose à apporter ?

Pour les enfants et les jeunes, ce dernier point est particulièrement important. Outre la protection et l’affection, ils ont besoin d’occasions de prendre des responsabilités et de mettre leurs capacités à contribution. Le sentiment d’appartenance grandit lorsqu’un enfant se dit : « J’ai ma place ici, et ma contribution compte. » Cela rejoint aussi mon expérience du travail avec les jeunes et au sein de la Peace Factory.

Je trouve également particulièrement convaincante l’importance que Françoise accorde à la justice et à la reconnaissance des torts commis. Les personnes qui ont subi des violences ont besoin d’un espace pour raconter leur histoire et d’un soutien pour reprendre le contrôle de leur vie. En même temps, nous devons veiller à ne pas transformer notre admiration pour leur courage en une attente à leur égard. Nul ne devrait être tenu de grandir à travers la souffrance. L’épuisement, la colère et le désespoir doivent aussi avoir leur place.

Le lien entre paix intérieure et responsabilité sociale me paraît particulièrement important. L’introspection et la compassion peuvent nous aider à agir avec davantage de conscience. Elles ne devraient cependant jamais conduire à attendre des personnes qu’elles acceptent des conditions dégradantes. Celles qui subissent l’exclusion ou la violence ont besoin d’un soutien personnel, d’une protection efficace et de changements dans leurs conditions de vie.

Une autre observation concerne les émotions. Lorsque nous parlons d’ego, d’autodiscipline et du dépassement de nos propres réactions, nous pouvons involontairement donner l’impression que les sentiments difficiles devraient disparaître. Je ferais ici une distinction : la colère est avant tout une émotion qui peut signaler une blessure, un sentiment d’impuissance ou une injustice. Ce qui compte, c’est la manière dont nous y répondons. La capacité à vivre en paix signifie aussi reconnaître et exprimer sa colère sans blesser autrui.

L’idée que les enfants doivent faire l’expérience de la paix dans la vie quotidienne me tient particulièrement à cœur. Ils observent la façon dont les adultes font face aux déceptions, aux désaccords et à leurs propres erreurs. Les parents et les enseignants savent-ils écouter ? Savent-ils présenter des excuses ? Restent-ils respectueux lorsqu’un enfant exprime son désaccord ? Ces expériences donnent sa crédibilité à l’éducation à la paix. Les adultes ont eux aussi besoin de soutien, de temps et d’occasions de réfléchir à leur propre comportement.

Concernant la médiation entre pairs proposée, je souhaiterais souligner explicitement une limite : lorsqu’il existe de l’intimidation, du harcèlement répété ou un déséquilibre important de pouvoir, inviter les deux parties à dialoguer ne suffit pas. Les adultes doivent d’abord assurer la protection et prendre leurs responsabilités. Un enfant qui subit des violences ne devrait jamais se sentir obligé de négocier sa propre sécurité avec ceux qui lui font du mal.

Je trouve également intéressante l’idée de s’appuyer sur les valeurs des arts martiaux. Je porterais une attention particulière à l’approche éducative : comment enseigne-t-on la force, les limites, la considération pour autrui et la manière de faire face à la défaite ? Ces questions devraient être prises en compte dès le début d’un projet pilote.

Je salue tout particulièrement l’inclusion des garçons et des hommes en tant que partenaires actifs. Les garçons ont besoin de relations dans lesquelles ils peuvent exprimer leurs incertitudes, leur tristesse et leur vulnérabilité sans être humiliés. En même temps, ils doivent apprendre à respecter les limites et à assumer la responsabilité de leur comportement.

Pour PeaceWeave, le conseil de commencer par une initiative d’une ampleur maîtrisable me semble très judicieux. J’associerais les enfants et les jeunes à sa conception dès le départ. Lors de l’évaluation de son impact, je m’efforcerais tout particulièrement d’écouter ceux qui restent silencieux ou se mettent en retrait. Une diminution des conflits visibles ne signifie pas automatiquement que chacun se sent davantage en sécurité.

À mes yeux, la force de cet entretien réside dans sa manière de traduire la paix en expériences humaines concrètes : être entendu, se sentir protégé, respecter les différences, reconnaître l’injustice et partager les responsabilités. Ces expériences peuvent devenir les fondements d’actions pratiques au sein des familles, des écoles et de la société.

Fari Khabirpour

Psychologue et psychothérapeute

 
 
 

Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page