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Dialogue interculturel : Entretien avec Sylvie Grein

  • 31 mars
  • 6 min de lecture

Dialogue interculturel : Entretien avec Sylvie Grein
Dialogue interculturel : Entretien avec Sylvie Grein

Dans le cadre de mon projet autour du dialogue interculturel au Luxembourg,

j’ai eu le plaisir d’échanger avec Sylvie, une professionnelle engagée depuis de nombreuses années dans le domaine de l’éducation et des projets sociaux.


Au cours de sa carrière, elle a notamment travaillé sur des projets éducatifs en Afrique,

en particulier dans le domaine de l’alphabétisation et de l’accès à l’éducation pour les enfants.


Aujourd’hui, elle est active au Luxembourg dans le domaine de l’apprentissage des langues,

avec un engagement particulier pour la promotion et le développement de la langue luxembourgeoise au sein de la société.



🔹 Question 1 – Langue et connexion humaine


La langue est souvent perçue comme un simple outil de communication, mais en réalité, elle est aussi profondément liée à l’identité, à la confiance en soi et à la manière dont les individus entrent en relation avec les autres.


Dans une société multiculturelle comme le Luxembourg, de nombreuses personnes ne se sentent pas toujours à l’aise pour s’exprimer pleinement.


Selon votre expérience, comment la langue influence-t-elle la confiance des individus et leur capacité à créer du lien avec les autres ?


Réponse :


La langue est bien plus qu’un outil de communication : elle touche directement à la confiance en soi.

Lorsqu’une personne maîtrise une langue et ses nuances, elle s’exprime avec aisance et confiance. À l’inverse, si ce n’est pas le cas, elle peut hésiter, se taire ou se mettre en retrait.

J’ai aussi observé des réactions fortes, comme de la frustration ou même de la colère, lorsque les mots ne sortent pas comme on le souhaite.

Au Luxembourg, cela peut créer un isolement invisible.

Créer du lien commence donc par se sentir en sécurité pour s’exprimer, même imparfaitement.



🔹 Question 2 – Langue et malentendus


Dans la vie quotidienne, de nombreux malentendus ne viennent pas d’un véritable désaccord, mais plutôt de difficultés à exprimer clairement ses pensées, ses émotions ou ses intentions.


Pour les personnes qui apprennent une nouvelle langue, cette difficulté peut être encore plus importante.


Selon vous, dans quelle mesure les barrières linguistiques peuvent-elles contribuer aux malentendus et aux tensions entre personnes de cultures différentes ?


Réponse :


De nombreux malentendus ne viennent pas du fond, mais de la difficulté à exprimer clairement - et avec nuance - ses pensées et ses émotions.

Les différences culturelles jouent également un rôle.

Parler la même langue ne signifie pas forcément partager les mêmes références, les mêmes images ou les mêmes interprétations. Cela est encore plus vrai lorsque chacun s’exprime dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle - ce qui est fréquent au Luxembourg.

Lorsqu’une barrière linguistique s’ajoute, les choses se compliquent.

Une personne peut paraître distante, brusque ou hésitante, alors qu’elle fait simplement de son mieux avec le vocabulaire dont elle dispose.

Dans un contexte multiculturel comme le Luxembourg, ces décalages peuvent rapidement créer des tensions.

D’où l’importance d’apprendre à écouter au-delà des mots, avec patience, ouverture… et surtout sans jugement.



🔹 Question 3 – Apprentissage des langues et intégration culturelle


Apprendre une langue ne se limite pas au vocabulaire et à la grammaire. Cela implique aussi la compréhension des codes culturels, des comportements sociaux et des manières de penser.


Comment l’apprentissage d’une langue peut-il aider les individus à mieux comprendre une culture et à se sentir davantage intégrés dans la société ?


Réponse :


Apprendre une langue, c’est entrer dans une culture, car la langue en est un élément essentiel.

Essayez de traduire une blague : cela ne fonctionne pas vraiment. Il faut la langue originale… et le contexte culturel.

Au Luxembourg, on peut tout à fait vivre et travailler sans parler luxembourgeois.

Mais si l’on veut passer d’une position d’observateur à celle de participant, il devient difficile de s’en passer.

Une langue véhicule bien plus qu’une information : elle porte une manière de comprendre le monde et contribue à se sentir chez soi.

L’essentiel n’est pas de parler parfaitement, mais de pouvoir prendre part à la relation.

Et il ne faut pas oublier non plus que les autres peuvent se fatiguer de traduire ou de s’exprimer constamment dans une langue qui n’est pas la leur.



🔹 Question 4 – Confiance, vulnérabilité et communication


De nombreuses personnes ressentent une forme de vulnérabilité lorsqu’elles s’expriment dans une langue qu’elles ne maîtrisent pas encore complètement. Cela peut influencer leur participation aux échanges, leurs opportunités professionnelles et leurs relations sociales.


D’après votre expérience, comment les individus peuvent-ils dépasser cette peur et développer leur confiance lorsqu’ils communiquent dans une nouvelle langue ?


Réponse :


S’exprimer dans une nouvelle langue rend vulnérable.

On perd en aisance, en précision, et parfois en confiance. Il arrive même qu’on se sente “stupide”.

Mais cette vulnérabilité n’est pas une faiblesse — c’est une étape naturelle de l’apprentissage.

Bien sûr, si l’on rencontre des personnes peu compréhensives, cela peut fragiliser la confiance.

Mais, au Luxembourg, quelques mots de luxembourgeois suffisent souvent à transformer la qualité du lien et la manière dont une personne est accueillie.

La confiance se construit dans l’expérience, en osant parler, petit à petit.

Et en se rappelant que l’objectif n’est pas la perfection, mais la connexion.



🔹 Question 5 – Connexion plutôt que perfection


Votre approche met l’accent sur la connexion plutôt que sur la perfection, ce qui constitue une idée très forte, à la fois dans l’apprentissage des langues et dans les relations humaines.


Comment ce changement de perspective — passer de « parler parfaitement » à « créer du lien » — peut-il transformer la manière dont les personnes communiquent et interagissent entre elles ?


Réponse :


Chercher à parler parfaitement peut bloquer la communication.

On veut tout maîtriser avant de parler, ce qui crée une pression énorme… et freine la spontanéité.

Or, une langue a avant tout pour objectif la communication dans la vie quotidienne.

Pourquoi parle-t-on ? Pour entrer en relation, pour créer du lien.

Quand l’objectif devient la connexion, quelque chose se relâche.

Les personnes osent davantage, deviennent plus présentes et plus authentiques.

Les échanges gagnent en qualité — et les progrès linguistiques suivent naturellement.



🔹 Question 6 – Langues, communication et médiation


Dans la médiation, la communication joue un rôle essentiel, notamment dans des contextes multiculturels où les manières de penser et de s’exprimer peuvent être différentes.


Selon vous, en quoi une meilleure compréhension des langues et des styles de communication peut-elle contribuer à prévenir les conflits et à améliorer le dialogue entre les cultures ?


Réponse :


Beaucoup de tensions viennent de malentendus, pas d’intentions négatives.

Un mot, un ton, un code peuvent avoir une signification dans une culture… et une autre dans une autre.

Les styles de communication varient aussi : certains sont plus directs, d’autres plus implicites.

Dans un environnement comme le Luxembourg, comprendre ces différences permet déjà de désamorcer de nombreux conflits.

Lorsque les deux parties partagent une langue et disposent d’un vocabulaire suffisant, le médiateur peut mieux accompagner le dialogue.

Car là où les mots manquent, la frustration peut vite laisser place à la tension.

Et surtout, rien ne remplace une écoute sans jugement préalable.



🔹 Question finale – Construire des ponts entre les cultures


Dans une société comme le Luxembourg, où coexistent de nombreuses cultures, langues et expériences de vie, la communication devient un élément clé de la cohésion sociale.


Pensez-vous que l’apprentissage des langues peut jouer un rôle dans la création de liens plus forts entre les individus et dans la réduction des tensions sociales ?

Et quel message aimeriez-vous transmettre aux personnes qui cherchent à trouver leur place dans un nouvel environnement culturel ?


Réponse :


Oui, je suis profondément convaincue que l’apprentissage des langues peut jouer un rôle essentiel dans la création de liens et la réduction des tensions sociales.

Mais pas seulement pour des raisons linguistiques.

Apprendre une langue, c’est faire un pas vers l’autre. C’est dire : je suis prêt(e) à te rencontrer dans ton monde, même imparfaitement. Et ce simple mouvement peut déjà transformer la relation.

Au Luxembourg, où tant de cultures coexistent, la langue peut devenir soit une barrière… soit un pont. Tout dépend de la manière dont on l’aborde.

Lorsque l’apprentissage est centré uniquement sur la performance, il peut renforcer les peurs, les sentiments d’exclusion ou d’illégitimité.

Mais lorsqu’il est vécu comme un espace de rencontre, de curiosité et de bienveillance, il permet aux personnes de se sentir progressivement à leur place.

Et cette place ne vient pas du fait de parler parfaitement, mais du fait d’oser entrer en relation.

Le message que j’aimerais transmettre est simple :

vous n’avez pas besoin d’attendre d’être “prêt(e)” ou “parfait(e)” pour appartenir.

Votre voix, même hésitante, a de la valeur.

Votre manière de parler, même imparfaite, peut déjà créer du lien.

Et souvent, ce sont ces échanges authentiques, simples et humains… qui construisent les ponts les plus solides entre les cultures.

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