Dialogue Across Cultures: Un entretien avec Véronique Hauferlin-Wildgen
Dans cet entretien, Véronique Hauferlin-Wildgen, conseillère communale à Bettembourg et professionnelle du secteur social, partage son parcours, son engagement au service de la collectivité et sa vision du vivre-ensemble.
À travers son expérience professionnelle, associative et politique, elle aborde notamment l’importance du dialogue, de la confiance, de l’intégration, de la diversité culturelle et de l’engagement citoyen.

Q1. Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre parcours professionnel et de votre engagement public ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Je m’appelle Véronique Hauferlin-Wildgen, je suis mariée, maman de deux enfants et originaire de Fennange. Je suis fille d’agriculteurs et j’ai grandi dans un environnement rural, très attaché à la vie du village, aux associations et aux traditions, même si je n’ai moi-même jamais travaillé dans l’agriculture.
Je suis cuisinière de formation et titulaire d’un brevet de maîtrise en tant que traiteur. J’ai commencé ma carrière dans l’hôtellerie et la restauration, puis j’ai travaillé dans le secteur de l’enfance. Aujourd’hui, je travaille dans le secteur social, où je suis responsable de tout ce qui concerne l’alimentation et les boissons.
L’engagement a commencé assez tôt chez moi. Dans ma jeunesse, j’étais active auprès des Jongbaueren, j’ai été présidente de la Landjugend Süden et également membre du comité d’une ONG. Plus tard, j’ai aussi été membre d’une délégation du personnel.
Aujourd’hui, je poursuis cet engagement dans la vie politique locale en tant que conseillère communale à Bettembourg.
Finalement, malgré des expériences très différentes, je retrouve toujours le même fil conducteur : le contact humain, l’envie de m’engager et de contribuer concrètement à la collectivité.
Q2. Vous exercez aujourd’hui des responsabilités à la fois dans le domaine de l’alimentation et au sein d’un conseil communal. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager au service de la collectivité ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Je pense que cela vient en grande partie de mon éducation et de mes racines. J’ai grandi dans un milieu où l’entraide, les associations et la participation à la vie du village étaient quelque chose de naturel.
J’ai donc commencé à m’engager très jeune, bien avant de faire de la politique. Avec le temps, les responsabilités ont changé, mais la motivation est restée la même : participer, écouter les gens et essayer de faire avancer les choses.
Je suis quelqu’un qui préfère s’impliquer plutôt que de rester spectatrice. Et pour moi, lorsqu’on accepte une responsabilité, il faut aussi être prêt à l’assumer.
Q3. Selon vous, quelles sont aujourd’hui les principales attentes des citoyens envers leurs représentants locaux ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Je pense que les citoyens veulent avant tout être écoutés et pris au sérieux. Ils veulent des élus accessibles, présents sur le terrain et qui connaissent la réalité de leur commune.
Ils n’attendent pas nécessairement que nous puissions tout résoudre. Mais ils attendent de l’honnêteté, des explications claires et que leurs préoccupations soient réellement prises en compte.
Je pense aussi qu’il est important de ne pas faire de promesses que l’on ne peut pas tenir. Parfois, il faut savoir dire non ou expliquer pourquoi quelque chose n’est pas possible. Cela fait aussi partie d’une relation de confiance.
Q4. Nous vivons dans des sociétés de plus en plus diverses. Quels sont, à votre avis, les plus grands défis pour favoriser le vivre-ensemble entre personnes d’origines et de cultures différentes ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Je suis personnellement très attachée à mes racines et à nos traditions. Pour moi, elles font partie de notre identité et il est important de les faire vivre et de les transmettre.
Mais cela n’empêche absolument pas d’être ouvert aux autres cultures. Au contraire, je trouve très enrichissant de découvrir d’autres traditions, d’autres fêtes, d’autres cuisines ou simplement une autre manière de voir les choses.
Le vrai défi, selon moi, est d’éviter que les différentes communautés vivent simplement les unes à côté des autres. Il faut créer des occasions de se rencontrer, à travers l’école, les associations, le sport, la culture, les fêtes locales ou tout simplement dans la vie quotidienne.
On n’a pas besoin d’avoir les mêmes origines ou les mêmes traditions pour construire quelque chose ensemble.
Q5. Pensez-vous que le dialogue est un outil essentiel pour renforcer la cohésion sociale ? Pourquoi ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Oui, absolument. Et pour moi, le dialogue devient justement particulièrement important lorsqu’on n’est pas du même avis.
Dialoguer ne veut pas dire être d’accord sur tout. Cela veut dire écouter l’autre, essayer de comprendre son point de vue et être capable d’expliquer le sien avec respect.
Mon expérience professionnelle, mon passage dans une délégation du personnel et aujourd’hui mon engagement politique m’ont appris qu’on trouve rarement de bonnes solutions sans commencer par écouter.
Et parfois, le simple fait de se parler permet déjà d’éviter beaucoup de malentendus.
Q6. Dans votre expérience, quelles sont les qualités les plus importantes pour créer la confiance entre les citoyens, les institutions et les décideurs publics ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Pour moi, ce sont avant tout l’écoute, l’honnêteté, le respect et la proximité. Mais il y a aussi quelque chose de très important : être cohérent entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.
La confiance ne se gagne pas avec de grands discours. Elle se construit avec le temps et surtout avec des actes. Il faut être présent, rester accessible et aussi savoir reconnaître lorsqu’on s’est trompé.
Je préfère une réponse honnête, même si elle n’est pas toujours celle que la personne voulait entendre, plutôt qu’une promesse que l’on ne pourra pas tenir.
Q7. Le Luxembourg accueille des personnes venant du monde entier. Selon vous, quelle est la clé d’une intégration réussie tout en préservant la diversité culturelle ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Pour moi, une intégration réussie fonctionne dans les deux sens.
Une personne qui vient vivre au Luxembourg ne doit pas renoncer à ses origines ou à sa culture. Mais s’intégrer signifie aussi avoir envie de découvrir le pays dans lequel on vit, ses langues, ses traditions, son fonctionnement et surtout de participer à la vie en société.
De notre côté, nous devons également être ouverts à ce que les personnes qui arrivent chez nous peuvent nous apporter.
Je suis moi-même très attachée à mes traditions, mais cela ne m’empêche pas de m’intéresser à celles des autres. Au contraire. Je pense qu’on peut être fier de ses racines tout en étant ouvert au monde.
Pour moi, la clé est là : le respect et l’ouverture doivent aller dans les deux sens.
Q8. En tant que femme occupant des responsabilités importantes, quels conseils donneriez-vous aux jeunes générations qui souhaitent s’engager dans la vie professionnelle ou publique ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Je leur dirais surtout d’oser, de rester curieux et de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.
On n’a pas besoin de tout savoir avant de prendre des responsabilités. On apprend beaucoup en avançant, en échangeant avec les autres et aussi en sortant parfois de sa zone de confort.
Et particulièrement aux jeunes femmes, je dirais : prenez votre place, mais restez vous-mêmes. Il ne faut pas essayer de correspondre à une image ou à une manière de faire pour être prise au sérieux.
On peut avoir du caractère, défendre ses convictions, écouter les autres et garder sa propre façon de faire.
Pour moi, l’important n’est pas de vouloir prouver quelque chose, mais d’avoir envie d’apporter quelque chose.
Q9. Comment conciliez-vous vos responsabilités professionnelles avec votre engagement au service de la communauté ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Je pense que c’est avant tout une question d’organisation et de priorités. Ma vie professionnelle, ma famille et mon engagement public occupent chacun une place importante dans ma vie.
Lorsque je décide de m’engager dans quelque chose, je le fais par conviction et avec plaisir. Je ne le considère donc pas comme une charge supplémentaire, mais comme un choix.
Il faut savoir s’organiser, être efficace et parfois faire des choix. Mais lorsqu’on fait les choses avec intérêt et avec envie, on trouve aussi l’énergie nécessaire.
J’aime être active, rencontrer des gens, échanger et participer à des projets. Cela fait tout simplement partie de ma personnalité.
Q10. Enfin, quel message aimeriez-vous transmettre à celles et ceux qui souhaitent contribuer positivement à la société, même à petite échelle ?
Véronique Hauferlin-Wildgen :
Je leur dirais de ne surtout pas penser qu’il faut avoir un mandat politique ou occuper une fonction importante pour être utile à la société.
Mon propre engagement a commencé très jeune dans des associations, bien avant la politique.
Aider dans une association, donner un peu de son temps, participer à la vie de son village ou de son quartier, transmettre une tradition, accueillir quelqu’un de nouveau, écouter une personne ou simplement proposer une idée : tout cela compte.
Notre société fonctionne justement grâce à toutes ces personnes qui acceptent, chacune à leur niveau, de donner un peu de leur temps et de leur énergie aux autres.
Il ne faut donc pas attendre de pouvoir changer le monde. On peut déjà commencer par faire une différence autour de soi.



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