Construire la paix au Luxembourg : entretien avec Gilbert Pregno

DIALOGUES DE PAIX AU LUXEMBOURG
Questions d'entretien
Gilbert Pregno
Cher Gilbert,
Je vous remercie chaleureusement d'avoir accepté de participer à l'initiative « Dialogues de paix au Luxembourg ». À travers votre longue expérience de psychologue, de psychothérapeute systémicien, de responsable institutionnel et de défenseur des droits humains, ces questions vous invitent à réfléchir à la manière dont la paix se construit concrètement dans les familles, les institutions et la société luxembourgeoise.
Il n'y a aucune longueur imposée pour vos réponses. Vous pouvez répondre aussi brièvement ou aussi largement que vous le souhaitez et, si vous le préférez, ne pas répondre à certaines questions. Vos réponses seront présentées comme vos réflexions personnelles et non comme la position officielle d'une institution ou organisation à laquelle vous êtes ou avez été associé. Merci de ne mentionner aucune information confidentielle concernant des personnes, des familles ou des situations particulières.
1. La paix au-delà de l'absence de violence
Question — Omid Attar
La paix est souvent définie comme l'absence de guerre ou de violence manifeste. Pourtant, elle peut aussi dépendre de la qualité des liens, du sentiment de sécurité, de la dignité et de la possibilité d'être entendu.
Après plusieurs décennies d'engagement auprès des enfants, des familles et des institutions au Luxembourg, que signifie pour vous une société véritablement en paix ? Votre compréhension personnelle de la paix a-t-elle évolué au fil de votre parcours ?
Réponse — Gilbert Pregno
J’estime qu’il ne faut pas seulement penser la paix en tenant compte de l’absence de guerre, tout comme la santé ne se définit pas par l’absence de maladie. Le poisson ne sait pas ce qu’est l’eau et je tendrais à penser que la paix peut se vivre sans que l’on doive nécessairement la définir. C’est un état de bien-être, d’insouciance, de satisfaction, de bonheur et de sérénité qui se conjuguent donc dans de multiples dimensions.
Mais si je dois en parler, j’évoquerai la paix intérieure. Elle est ancrée dans notre personnalité et trouve son origine dans la petite enfance. Un enfant qui naît est, comme l’écrivait Sigmund Freud, un prématuré sur le plan psychologique. Le monde dans lequel il vit va se construire intérieurement à travers un attachement qu’il aura pu créer avec une ou deux personnes de son entourage. Cet attachement doit être « secure » comme nous l’appelons. Cela veut dire qu’une sécurité intérieure va se mettre en place grâce à l’attention, le soin, la communication et la permanence qui l’entourent. Tout cela va conduire à créer les fondements de la personnalité à l’image des fondations d’une maison. L’objectif est que cet enfant apprenne à s’aimer. Car il faut s’aimer pour pouvoir aimer autrui. Souvent je me rends compte que cela ne se met pas en place pour diverses raisons et cela peut conduire à une absence de sécurité intérieure, une fragilité. Et en fonction des événements que cet enfant, quand il aura grandi, va rencontrer il se pourrait qu’il ressente une sorte d’envahissement de peurs, de mal-être, qui le troublent. Il n’est de maison qui ne présente des fissures et cela ne remet pas en question la solidité de la construction. Et c’est vrai aussi pour notre personnalité qui a une complexité que notre cerveau n’est pas en mesure d’appréhender.
La paix présuppose aussi un État de droit qui fonde les droits humains et qui fait de la dignité une pierre angulaire. La dignité est la grande sœur, comme j’aime la définir, de tous les autres droits : elle a beaucoup souffert les dernières décennies mais elle reste incontournable. L’État de droit pose un cadre pour les citoyennes et les citoyens qui garantit la primauté de la loi qui s’applique à tous.
Mon engagement dans la Commission consultative des droits de l’Homme que j’ai présidé durant de longues années m’a fait connaitre des domaines que j’ignorais. J’ai appris qu’il y avait au Luxembourg des phénomènes comme la traite des êtres humains, des entreprises qui ne s’intéressent pas au devoir de vigilance et aux victimes de graves atteintes à la dignité et aux droits humains dans l’ensemble de la chaîne de valeur.
Il y a le problème des incarcérations d’enfants dans une prison pour adultes ce qui existe depuis longtemps mais cela a pris une autre envergure : 30 enfants, dont le plus jeune avait 12 ans, ont été enfermés de janvier à septembre 2026 dans ces conditions, ce qui est tout à fait scandaleux. Il me faut évoquer les changements climatiques, une économie qui est perçue comme le fondement de l’humanité, des guerres un peu partout. Tout cela crée un environnement qui nous fait douter de l’avenir qui du coup n’est plus ce que nous souhaitions. Cela impacte beaucoup les jeunes qui se questionnent de quoi sera fait le monde dans 5, 10 ou 20 ans. Et ils se demanderont le cas échéant ce que nous avons fait pour empêcher cette évolution.
Du fait de ma profession de psychothérapeute je connais beaucoup d’histoires douloureuses et parfois il m’arrive de penser que j’ai vécu plusieurs vies. Je suis devenu résistant dans le sens qu’il y a peu de récits que j’entends qui me surprennent ou me troublent : je me suis équipé d’une armure mobile qui est recouverte de téflon qu’il m’arrive de mettre. Ce fut le cas tout récemment quand j’ai rencontré une personne qui avait été exfiltrée de la bande de Gaza et qui m’a montré des photos de son fils, le crâne fracassé par des tirs d’armes à feux.
J’ai une partie de ma vie, celle personnelle et privée, où j’ai beaucoup de chances et qui me permettent de m’émanciper avec des personnes qui me sont chères et qui m’entourent. Et il est une autre partie, celle professionnelle, ou je suis préoccupé par ce que j’entends : des enfants qui vont de plus en plus mal, des histoires de plus en plus fréquentes de transgressions sexuelles, des personnes qui ne vont pas bien. Mais je reste optimiste, car une vie sans optimisme est une erreur. Et il nous faut l’être surtout pour nos petits et les accompagner dans leur développement.
2. Migration, langue et sentiment d'appartenance
Question — Omid Attar
S'installer dans un nouveau pays ne consiste pas seulement à apprendre une langue ou à accomplir des démarches administratives. Cela implique souvent de reconstruire des repères, des relations, une identité sociale et le sentiment d'avoir une place reconnue dans la société. Au Luxembourg, le multilinguisme peut être une richesse, mais il peut également devenir un obstacle à la participation pour certaines personnes nouvellement arrivées.
Au-delà de l'apprentissage linguistique, de quoi les personnes migrantes et réfugiées ont-elles besoin pour développer un véritable sentiment d'appartenance au Luxembourg ? Comment les institutions et la société d'accueil peuvent-elles favoriser une intégration fondée non seulement sur l'adaptation des nouveaux arrivants, mais aussi sur la reconnaissance, la réciprocité et le dialogue ?
Réponse — Gilbert Pregno
Je suis moi-même enfant de l’immigration : mon père a fui la pauvreté et a rejoint le Luxembourg après un parcours difficile, alors que ma mère est née ici de parents qui eux aussi étaient partis d’Italie. Quand on est immigré on n’appartient plus vraiment au pays que l’on a quitté et pas non plus au pays d’accueil. Le déracinement et un enracinement « qui stagne » et se cherche, créent une situation pas facile. J’observe que ce sont souvent les générations suivantes qui vont développer des racines plus stables. C’est donc un processus qui met du temps à s’installer. Notre psychisme est lent, comme j’aime le souligner, et ne parvient pas à se couper d’un vécu pour en installer un autre, comme on peut le faire avec un programme informatique.
Nous vivons dans une société multiculturelle et j’aime beaucoup cela. C’est une richesse car cela me permet d’élargir mon horizon. Et j’aime échanger avec des personnes d’autres pays, qui ont une culture différente de la mienne, qui ont « leur » couleur de peau. Sur ce point il faut se rappeler que nos ancêtres d’il y a des centaines de milliers d’années étaient tous noirs et c’est quand ils ont émigré vers des pays moins chauds que la couleur de leur peau a changé.
Je suis très préoccupé par la situation des réfugiés. Michel Rocard, il y a de nombreuses années, avait dit que la France ne peut accepter toutes les misères du monde. Le Luxembourg encore moins. Mais quand j’entends par exemple quelles sont les conditions de vie des réfugiés je suis choqué. Et quand un membre du gouvernement dit que cela est dû au fait que nous avons trop de réfugiés, c’est de la « comm », comme on en entend souvent dans la politique. Et en fait c’est un mensonge !
3. La non-collaboration comme message adressé aux institutions
Question — Omid Attar
Vous avez beaucoup travaillé avec des familles qui ne formulaient pas de demande d'aide ou qui étaient considérées comme « non collaborantes ». Un refus de coopérer peut parfois exprimer une expérience antérieure d'échec, de peur, d'humiliation ou de perte de confiance.
Que révèle la non-collaboration d'une personne ou d'une famille sur sa relation avec les professionnels et les institutions ? Comment une institution peut-elle reconstruire la confiance sans imposer le dialogue ni considérer automatiquement la résistance comme un problème appartenant uniquement à l'autre ?
Réponse — Gilbert Pregno
Il est une attitude chez de nombreux professionnels du social qui est que les personnes qui viennent chercher de l’aide doivent savoir au départ quel est leur objectif : nous parlons de « demandes » qui doivent permettre de mettre en place une intervention. Souvent ce n’est pas le cas. Et alors nous avons tendance à dire qu’il s’agit là de personnes qui ne sont pas motivées. Il s’agit là d’une vue qui protège en fait l’intervenant car il n’a pas à se soucier des limites de son travail. Je vois les choses différemment. Quand nous entendons et analysons les biographies de nombreuses personnes nous constatons qu’ils ont eu à faire à beaucoup de services d’aides. Il est des raisons que l’on peut trouver aussi bien dans l’organisation et le fonctionnement de ces services, que dans l’histoire familiale, qui font que ces personnes ne sont plus vraiment motivées à rencontrer d’autres professionnels. Par manque de courage, par désintérêt ! J’ai développé l’idée que le refus de collaboration est à ce moment-là une sorte de solution. C’est une façon d’éviter de rencontrer un nouvel échec et pour se protéger il est préférable de ne pas s’engager. Notre attitude à ce moment-là est d’aller à la rencontre de ces personnes, d’entendre ce qu’elles ont à dire sur les expériences qu’elles ont eues dans le passé. Et du coup de voir comment nous pouvons mettre en place un dispositif qui soit utile. J’aime me considérer comme l’expert des petits objectifs : il est préférable d’avoir un succès avec un objectif plus limité que de vouloir échouer parce que les ambitions sont trop grandes.
4. Protéger sans blesser : droits de l'enfant et responsabilité institutionnelle
Question — Omid Attar
Une décision prise pour protéger un enfant peut être légalement justifiée, tandis que la manière dont elle est appliquée peut néanmoins provoquer un traumatisme, une humiliation ou une rupture durable de confiance.
Comment les institutions peuvent-elles exercer leur responsabilité de protection tout en respectant la dignité de l'enfant et de sa famille ? À partir de quel moment une procédure juridiquement correcte risque-t-elle de devenir une forme de violence institutionnelle et, ainsi, de compromettre la paix qu'elle cherche à préserver ?
Réponse — Gilbert Pregno
Il est important de disposer d’une loi qui permet l’intervention d’un juge de la jeunesse dans les situations où des enfants sont mis en danger, alors même que toutes les autres interventions de services d’aide n’aboutissent pas. La situation au Luxembourg est très particulière dans le sens que notre loi sur la protection de la jeunesse date de 1992. De nombreuses tentatives ont été faites pour réformer cette loi mais elles ont toutes échouées et nous en sommes maintenant à discuter de nouveaux projets de loi, qui en l’état actuel sont très lacunaires, peu précis. Je me questionne beaucoup sur cette négligence qui est institutionnelle et qui porte atteinte à la défense des droits des enfants. Il apparaît aussi qu’au Luxembourg, il y a une forte judiciarisation qui fait que dans de nombreux cas on fait appel au juge des enfants parce que des situations n’évoluent pas. Il ne nous faut jamais oublier que les enfants éprouvent une grande loyauté à l’égard de leurs parents, même dans des cas où ceux-ci ne donnent pas aux enfants ce dont ils ont besoin, voire sont maltraitants. Il nous faut tenir compte de cette donnée et tout faire pour que ce lien puisse être maintenu ou développé. Cela n’est pas toujours possible et c’est où le judiciaire a son rôle à jouer ! Pourquoi la réforme de notre loi sur la protection de la jeunesse prend-elle tellement de temps, alors même qu’elle est critiquée par de nombreuses institutions nationales et internationales ? Il y a un problème de compétences en légistique au niveau des ministères et du parlement d’une part et d’autre part aussi beaucoup de résistances de la part de la magistrature qui ne tient pas compte des valeurs de la Convention des droits des enfants à laquelle le Luxembourg a adhéré il y a 33 ans et aussi des arrêts qui sont prononcés par la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg. Je suis très préoccupé par cette situation.
5. Les possibilités et les limites de la médiation
Question — Omid Attar
Le dialogue et la médiation peuvent contribuer à restaurer les relations, mais ils ne doivent pas dissimuler la violence, la contrainte ou de fortes inégalités de pouvoir. Cette question devient particulièrement sensible lorsque des enfants ou d'autres personnes vulnérables sont concernés.
Dans quelles situations la médiation peut-elle réellement contribuer à la protection, à la responsabilité et à la reconstruction d'une relation ? À l'inverse, quand faut-il reconnaître que la médiation doit s'arrêter ou céder la place à une protection juridique, psychologique ou institutionnelle plus ferme ?
Réponse — Gilbert Pregno
La médiation est une approche d’une grande richesse qui permet de trouver des accords sur des problèmes qui font l’objet de litiges. Je ne maitrise pas les techniques de médiation, mais au sens de la notion de transdisciplinarité telle que l’a définie Edgar Morin, je suis en mesure de suivre, même de comprendre les étapes d’un processus de médiation. La médiation permet de trouver une issue pour sortir d’un différend. Je me permettrais de définir qu’elle crée une égalité du fait de l’acceptation d’une perte et qui permet alors de passer à un autre niveau de compréhension. Notre psychisme est conservateur, au sens qu’il aime reproduire ce qu’il connait. Paul Watzlawick dans son livre « Comment faire son malheur » évoquait cela en disant en quelque sorte que nous sommes les experts de nos échecs. Tourner en rond, même si c’est douloureux, donne un certain confort et une assurance. La médiation ouvre une porte qui jusque-là pouvait être invisible.
6. Déclassement professionnel, santé psychologique et paix positive
Question — Omid Attar
Certaines personnes migrantes ou réfugiées arrivent au Luxembourg avec un niveau élevé de formation, des compétences et une longue expérience professionnelle. Pourtant, la non-reconnaissance des diplômes, les exigences linguistiques, l'absence de réseaux professionnels ou d'expérience locale peuvent les conduire à occuper durablement un emploi très éloigné de leurs qualifications. Ce déclassement peut affecter l'identité professionnelle, l'estime de soi et le sentiment d'utilité sociale, avec des répercussions possibles sur la santé psychologique et les relations familiales.
Comment comprenez-vous, dans une perspective systémique, les effets de ce déclassement professionnel sur la personne, sa famille et son intégration dans la société luxembourgeoise ? Que devraient faire les institutions, les employeurs et les professionnels de l'accompagnement pour prévenir cette perte de confiance et mieux reconnaître les compétences de ces personnes ? Une société peut-elle réellement parler de paix positive lorsqu'une partie de ses habitants demeure durablement empêchée de mettre ses capacités au service de la collectivité ?
Réponse — Gilbert Pregno
C’est un problème dont j’ai entendu parler. Nous avons à apprendre à mieux intégrer les personnes qui ont un arrière-fond différent. J’aime dire que nous sommes égaux, parce que nous sommes tous différents les uns des autres. Mais cette différence est encore plus importante s’il s’agit de personnes qui viennent d’une autre culture, d’un autre pays, et qui parfois on eu un parcours très problématique. Nous avons tous à gagner d’une intégration, il nous faut la considérer comme une richesse. Nous avons besoin du savoir d’autres personnes qui veulent accéder à notre communauté et donc là il y a des barrières à dépasser.
7. De meilleures institutions pour prévenir les conflits
Question — Omid Attar
Les professionnels de la justice, de l'éducation, de la santé mentale, du travail social et de la médiation interviennent souvent autour des mêmes personnes, mais selon des responsabilités, des langages et des logiques institutionnelles différents.
Comment créer au Luxembourg une coopération plus cohérente entre ces professions afin de détecter plus tôt les tensions et de prévenir leur aggravation ? Quelle place devraient occuper la supervision, la réflexion éthique et le dialogue entre institutions pour éviter que les professionnels ne deviennent, malgré eux, une partie du problème ?
Réponse — Gilbert Pregno
Dans le domaine qui est le mien, je constate qu’il existe beaucoup d’institutions et de services alors même qu’il a été oublié d’engager un processus pour mettre en lien tout ce qui existe. Nous profitons de la richesse d’un pays et d’un engagement politique qui fait que de nombreuses ressources sont mises à disposition. Néanmoins, cela demande aussi à être organisé pour que cela ne risque pas d’être une accumulation de petites parties isolées et fragmentées. Parfois et au risque d’être provoquant j’aime dire que tous ses services fonctionnent un peu à l’image d’un 1000 pieds mais où chaque pied disposerait de son propre cerveau. Je vois des cas ou une famille est prise en charge par 3, 4 ou cinq services différents, qu’il se passe un temps énorme entre le signalement des difficultés et la prise en charge par des mesures. Il y a aussi une autre négligence qui nait du fait qu’on considère l’enfant à un âge où il est écolier alors même que nous devrions fournir des efforts pour tenir compte de la petite enfance. Il faut ajouter qu’il y a une bureaucratie rampante et envahissante qui est très coûteuse, alors même qu’historiquement, elle a été créée pour faciliter des procédures. Tout ce que je viens d’écrire ne critique pas les professionnels où je constate un fort engagement.
8. Transformer l'expérience en action pour la paix
Question — Omid Attar
Un futur institut indépendant et sans but lucratif au Luxembourg pourrait réunir la recherche appliquée, l'éducation, le dialogue, la médiation et la défense de la dignité humaine. Pour être utile, il devrait répondre à un besoin réel et produire des résultats concrets.
Quel besoin encore insuffisamment pris en compte au Luxembourg un tel institut devrait-il traiter en priorité ? Par quelle initiative concrète devrait-il commencer, et quels principes devraient guider son action afin qu'il inspire confiance, protège son indépendance et contribue durablement à une société plus pacifique ?
Réponse — Gilbert Pregno
Je crois qu’il y a un effort de sensibilisation à faire pour que cette idée de la paix devienne une partie intégrante de la vie sociétale. J’observe sur les dernières années une perte importante en ce qui concerne le partage de valeurs communes. Il y a aussi un manque d’empathie qui est le fruit d’un individualisme qui fait que nous fonctionnons comme dans une bulle qui se suffit à elle-même, une sorte d’autarcie. La pandémie a accéléré ce processus. Rappelons-nous la puissance des mots de Hannah Arendt qui écrivait : « La mort de l'empathie humaine est l'un des premiers signes et le plus révélateur d'une culture sur le point de sombrer dans la barbarie. » Néanmoins j’observe par ailleurs qu’il y a une grande masse de personnes fort engagées, qui ne font pas entendre leur voix, qui sont très généreuses dans tous les efforts qu’ils font pour aider d’autres personnes en difficultés : des pauvres et des mendiants, des malades, des sans-domicile-fixes, des personnes isolées, … . J’ai développé à cet égard la notion de la banalité du bien et j’entends par là cet engagement efficient qui existe et dont il faut nous rendre compte car il est impressionnant.



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