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La paix comme pratique de la vie quotidienne – Une réflexion psychologique sur l’entretien avec Paul Galles

il y a 2 jours
8 min de lecture
Peace in Everyday Life — Fari Khabirpour reflects on Omid Attar’s interview with Paul Galles

Traduction française du texte original anglais de Fari Khabirpour.

J’ai lu cet entretien avec beaucoup d’intérêt et d’appréciation. Je trouve les réflexions de Paul Galles pertinentes, constructives et remarquablement proches de ce que je considère comme essentiel pour bâtir une culture de paix. J’apprécie particulièrement qu’il n’aborde pas la paix simplement comme un objectif politique ou comme l’absence de violence, mais comme une manière de vivre, d’entrer en relation avec les autres et d’assumer la responsabilité de notre avenir commun.

L’importance qu’il accorde à la dignité humaine, à l’éducation, à la justice sociale et à la participation démocratique est particulièrement précieuse. J’apprécie également qu’il reconnaisse que la paix n’est pas un état permanent, mais un processus continu qui exige une attention et des efforts constants.

De mon point de vue de psychologue et de psychothérapeute, je souhaiterais toutefois ajouter quelques réflexions susceptibles d’approfondir cette discussion, en particulier sur les fondements psychologiques de la paix et le rôle de l’éducation.

1. La paix commence au sein de l’individu, mais ne peut s’y arrêter.

Paul Galles souligne à juste titre que la paix commence par la reconnaissance de la dignité d’autrui. J’ajouterais que notre capacité à reconnaître la dignité des autres est étroitement liée à la manière dont nous nous comprenons nous-mêmes.

Les personnes qui se sentent constamment menacées, inférieures, humiliées ou exclues peuvent éprouver davantage de difficultés à aborder les autres avec ouverture et confiance. La peur et l’insécurité peuvent favoriser les attitudes défensives, les préjugés, l’agressivité et le besoin de dominer.

Cela ne signifie pas que l’insécurité conduit inévitablement à la violence. De nombreuses personnes ayant vécu des souffrances considérables développent une compassion et une solidarité extraordinaires.

Néanmoins, la paix intérieure et la paix sociale sont profondément liées.

De mon point de vue psychologique, la paix intérieure ne signifie pas l’absence de difficultés, de frustration ou de souffrance émotionnelle. Elle signifie développer la capacité d’affronter les défis de la vie sans perdre notre sens de la dignité, de la responsabilité et du lien avec les autres.

La paix exige donc non seulement des structures politiques et sociales, mais aussi une maturité psychologique.

1. L’éducation à la paix doit commencer par un sentiment d’appartenance.

J’apprécie particulièrement l’affirmation de Paul Galles selon laquelle la paix ne peut pas simplement être enseignée ; elle doit être vécue.

C’est peut-être l’un des messages les plus importants de tout l’entretien.

Les enfants ne deviennent pas pacifiques principalement parce que les adultes leur expliquent l’importance de la paix. Ils développent des attitudes pacifiques à travers leur expérience quotidienne des relations.

Un enfant qui fait l’expérience de l’encouragement plutôt que de l’humiliation, de la coopération plutôt que de la compétition à tout prix, et d’un accompagnement respectueux plutôt que de la domination a davantage de chances de développer confiance en lui et confiance envers les autres.

Un principe psychologique mérite une attention particulière :

Un enfant qui se sent appartenir à un groupe et capable d’y apporter une contribution significative est moins susceptible de rechercher la reconnaissance par des comportements destructeurs.

Cela est particulièrement pertinent lorsqu’on parle de violence des jeunes, de harcèlement, d’exclusion et de radicalisation.

Derrière certaines formes de comportement agressif, nous pouvons découvrir des jeunes découragés qui ont perdu leur sentiment d’appartenance ou qui pensent que le pouvoir et la domination sont les seuls moyens d’obtenir de la reconnaissance.

Bien entendu, toutes les violences ne peuvent pas s’expliquer ainsi. Les situations familiales, les inégalités sociales, les expériences traumatiques, l’influence des pairs et le contexte culturel plus large doivent également être pris en compte.

Mais une approche préventive devrait toujours se demander non seulement comment arrêter les comportements destructeurs, mais aussi comment créer les conditions qui rendent possibles des comportements constructifs.

J’encouragerais donc les écoles à accorder davantage d’importance à la coopération, à l’encouragement, au développement émotionnel et à la responsabilité partagée.

1. Vivre ensemble exige plus que de la tolérance.

Paul Galles établit une distinction importante entre la coexistence et le fait de véritablement vivre ensemble.

Cette distinction est particulièrement pertinente pour le Luxembourg.

Notre société multiculturelle est souvent présentée comme un exemple réussi de diversité. Pourtant, vivre dans le même pays, travailler dans les mêmes institutions ou fréquenter les mêmes écoles ne crée pas automatiquement des relations significatives.

D’un point de vue psychologique, la tolérance est nécessaire, mais elle n’est qu’un début.

La tolérance peut simplement signifier accepter la présence de personnes différentes de nous. Une véritable cohésion sociale exige davantage : de la curiosité, de l’empathie, une confiance mutuelle et la volonté d’apprendre les uns des autres.

Nous devons passer de la simple acceptation des différences à la découverte de notre humanité commune.

À mon sens, c’est l’un des plus grands défis éducatifs auxquels le Luxembourg est confronté.

Nos enfants ne devraient pas seulement apprendre différentes langues. Ils devraient aussi apprendre le langage des relations humaines : comment écouter, comment exprimer un désaccord avec respect, comment coopérer et comment reconnaître la dignité d’une personne dont l’origine ou les convictions sont différentes des leurs.

1. La paix ne signifie pas éviter les conflits.

Un autre aspect particulièrement précieux de l’entretien est la distinction que Paul Galles établit entre le conflit et l’inimitié.

Je suis entièrement d’accord.

Le conflit fait naturellement, et parfois nécessairement, partie des relations humaines. Il peut stimuler l’apprentissage, la créativité et le progrès social.

Le défi psychologique n’est pas d’éliminer le désaccord, mais d’empêcher qu’il ne se transforme en hostilité.

Un obstacle important est notre tendance humaine à nous identifier trop fortement à nos opinions.

Lorsque nos convictions deviennent inséparables de notre identité personnelle, la critique d’une opinion peut facilement être vécue comme une attaque contre notre dignité.

Nous nous préoccupons alors davantage de prouver que nous avons raison que de comprendre ce qui pourrait être vrai.

Cela est particulièrement visible dans les débats politiques, les discussions sur les réseaux sociaux et parfois même au sein des familles et des communautés.

Je crois que la capacité d’être en désaccord sans rejeter l’autre personne est l’un des signes les plus clairs de maturité psychologique.

Les enfants comme les adultes ont besoin d’occasions de développer cette capacité.

Nous devrions enseigner non seulement la liberté d’expression, mais aussi l’art d’écouter, de remettre en question nos propres présupposés et de reconnaître que nous pouvons nous tromper.

Une société pacifique n’exige pas que tout le monde soit d’accord. Elle exige des personnes capables d’être en désaccord sans perdre le respect les unes pour les autres.

1. La justice sociale est aussi une nécessité psychologique.

J’apprécie l’importance que Paul Galles accorde au logement, à l’éducation et à l’égalité des chances.

L’injustice sociale n’est pas seulement une question économique ou politique. Elle a aussi de profondes conséquences psychologiques.

Lorsque des personnes font à répétition l’expérience de l’exclusion, de l’humiliation ou d’un manque de possibilités, elles peuvent progressivement perdre confiance en elles-mêmes, dans les autres et dans les institutions publiques.

Cela peut contribuer au découragement, au ressentiment et au retrait social.

Une société ne peut pas attendre des personnes qu’elles développent un fort sentiment de responsabilité collective si elles ont constamment le sentiment de ne pas y avoir de véritable place.

En même temps, la sécurité matérielle ne suffit pas à garantir la paix sociale.

Les êtres humains ont aussi besoin de reconnaissance, d’un sens à leur vie, d’appartenance et d’occasions de contribuer.

Pour cette raison, les politiques sociales ne devraient pas se limiter à apporter une aide. Elles devraient également renforcer la capacité des personnes à participer activement à la société.

À cet égard, je trouve particulièrement importantes les réflexions de Paul Galles sur les migrants et les réfugiés.

Les personnes ne devraient pas être considérées simplement comme des bénéficiaires d’aide, mais comme des individus dotés de capacités, d’expériences et de contributions susceptibles d’enrichir notre vie commune.

1. La paix exige du courage, pas seulement de la gentillesse

Un point que je souhaiterais approfondir concerne le rapport entre la paix, le courage et la responsabilité.

La paix est parfois comprise, à tort, comme le fait d’éviter la confrontation, de garder le silence ou d’accepter l’injustice pour préserver l’harmonie.

Mais une paix véritable ne peut pas se construire sur la peur, la soumission ou l’indifférence.

Il existe des moments où préserver la paix exige de prendre la parole contre la discrimination, l’humiliation, la violence ou l’injustice.

La maturité psychologique implique d’apprendre à conjuguer empathie et courage, gentillesse et fermeté, respect et limites personnelles claires.

Nous pouvons rejeter un comportement nuisible sans rejeter la dignité humaine de la personne qui en est responsable.

Cette distinction est essentielle dans l’éducation, la psychothérapie, les relations familiales et la vie politique.

1. Un institut de la paix devrait développer des capacités humaines pratiques.

Je trouve particulièrement prometteuse la proposition d’un institut indépendant de la paix au Luxembourg, et j’apprécie l’insistance de Paul Galles sur le fait qu’un tel institut ne devrait pas devenir simplement une institution universitaire de plus.

De mon point de vue, sa plus grande contribution serait de relier les connaissances psychologiques, l’éducation et l’expérience pratique de la vie collective.

Je proposerais de commencer par un nombre limité d’initiatives concrètes :

L’éducation à la paix dans les écoles : aider les enfants à développer leur conscience émotionnelle, leur capacité de coopération, leurs compétences en résolution des conflits et leur sentiment d’appartenance.

Le soutien aux parents et aux éducateurs : proposer des approches pratiques de l’encouragement, de la communication respectueuse, de la discipline constructive et de la prévention du découragement.

Le dialogue interculturel : créer des occasions pour que des personnes d’origines différentes dépassent les échanges superficiels et nouent des relations personnelles significatives.

La formation au désaccord constructif : aider les jeunes et les adultes à reconnaître les préjugés, à gérer leurs réactions émotionnelles et à pratiquer une consultation respectueuse.

L’évaluation et l’apprentissage : examiner si ces activités améliorent les relations, réduisent l’exclusion et renforcent le sentiment de responsabilité et d’appartenance des participants.

Je soulignerais particulièrement que de telles initiatives devraient s’appuyer sur l’expérience des organisations et des professionnels existants.

Leur efficacité devrait être évaluée non seulement à travers le nombre de participants ou d’activités organisées, mais aussi à travers des changements observables dans les attitudes, les relations et les comportements.

Par exemple, les enfants se sentent-ils plus en sécurité et mieux inclus ? Les conflits sont-ils traités de manière plus constructive ? Les enseignants se sentent-ils mieux soutenus ? Les participants sont-ils davantage disposés à écouter des personnes ayant des opinions différentes ?

Ce seraient des indicateurs significatifs de progrès.

Une dernière réflexion

Ce que j’apprécie le plus dans l’entretien avec Paul Galles, c’est qu’il rapproche la paix de l’expérience humaine quotidienne.

La paix n’est pas quelque chose que seuls les responsables politiques peuvent instaurer, que les responsables religieux peuvent prêcher ou que les écoles peuvent enseigner à travers des leçons particulières.

C’est une responsabilité que nous partageons tous.

Je souhaiterais néanmoins ajouter une idée psychologique essentielle : la paix n’est pas simplement le résultat d’un enseignement sur la manière dont les personnes devraient se comporter. Elle se développe lorsque nous créons des conditions dans lesquelles les personnes font l’expérience de l’appartenance, de la dignité, de l’encouragement et de la possibilité d’apporter une contribution significative.

Une personne découragée peut avoir du mal à contribuer de manière constructive à la société. Une personne qui se sent respectée, reliée aux autres et utile est souvent mieux à même de coopérer avec les autres.

C’est pourquoi je crois que le développement du sentiment social, de l’empathie et d’un sens de la responsabilité partagée devrait être au cœur de tout effort sérieux de promotion de la paix.

Nous devrions aussi nous rappeler que la paix n’est pas une destination que l’on atteint une fois pour toutes. C’est un processus continu d’apprentissage personnel et collectif.

La question la plus importante que nous devrions nous poser n’est peut-être pas simplement : comment pouvons-nous créer une société plus pacifique ?

Mais aussi :

Quel genre d’êtres humains aidons-nous nos enfants à devenir, et quel type de relations créons-nous entre nous ?

Nos réponses à ces questions détermineront la qualité de la paix que nous pourrons construire pour les générations futures.

Fari Khabirpour

Psychologue et psychothérapeute

Luxembourg

 
 
 

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